Et si le plus beau cadeau à offrir à nos enfants était de leur apprendre à bouger?
Hockey, soccer, gymnastique, natation, ski, patinage… Comme parents, nous cherchons souvent LE sport qui conviendra le mieux à notre enfant. Celui dans lequel il s'épanouira, développera ses habiletés et, peut-être, excellera. Mais si nous nous posions plutôt une autre question : comment pouvons-nous donner à nos enfants le goût de bouger pour toute leur vie?
C'est une réflexion qui m'habite particulièrement comme physiothérapeute, maman et citoyenne engagée dans la promotion de l'activité physique. Elle a récemment été alimentée par les propos de Pierre Lavoie, qui nous invite à repenser notre façon de faire bouger les jeunes et, plus largement, notre culture de l'activité physique au Québec.
Une réalité qui devrait tous nous interpeller
Au Québec, les données de l'Institut national de santé publique révèlent qu'en 2022-2023, seulement environ 30 % des élèves du secondaire atteignaient le niveau recommandé d'activité physique, soit au moins 60 minutes par jour d'activité physique d'intensité modérée à élevée. Pierre Lavoie soulève également un enjeu préoccupant : le décrochage sportif à l'adolescence. Trop de jeunes abandonnent progressivement leurs activités physiques, parfois après avoir consacré plusieurs années à un sport. Cela nous amène à une réflexion importante : pratiquer un sport pendant l'enfance ne garantit pas nécessairement que nous demeurerons actifs à l'âge adulte. Notre objectif ne devrait donc pas uniquement être de former de bons athlètes, mais surtout de développer des enfants qui aiment bouger, qui ont confiance en leurs capacités physiques et qui possèdent les habiletés nécessaires pour pratiquer différentes activités tout au long de leur vie.
Les quatre sphères du mouvement : s'équiper pour la vie
Pierre Lavoie propose une vision particulièrement intéressante du développement moteur en encourageant les enfants à explorer quatre grandes sphères d'activité physique.
La sphère terrestre : courir, marcher, sauter, grimper, pédaler, lancer, attraper ou jouer au ballon. Ce sont des mouvements fondamentaux qui développent la coordination, l'équilibre et l'agilité.
La sphère nautique : nager, jouer dans l'eau, faire du kayak ou découvrir les plaisirs des activités aquatiques. L'enfant apprend à se déplacer dans un environnement complètement différent.
La sphère de glisse : patiner, skier, faire de la planche à neige ou glisser en traîneau. Ces activités sollicitent notamment l'équilibre, l'adaptation et le contrôle du mouvement.
La sphère aérienne : faire de la gymnastique, du trampoline, des acrobaties ou explorer différentes façons de se déplacer dans l'espace. Ces expériences contribuent au développement de la conscience corporelle et de la coordination.
L'idée derrière cette approche est simple : plus un enfant découvre différentes façons de bouger, plus il enrichit son répertoire moteur. En physiothérapie, cette réflexion rejoint notamment le concept de littératie physique, qui englobe les habiletés motrices, la confiance, la motivation et les connaissances nécessaires pour être actif tout au long de sa vie. Il ne s'agit pas de devenir excellent dans toutes les disciplines, mais plutôt de développer suffisamment d'aisance pour avoir envie de continuer à bouger. Un enfant qui apprend à courir, sauter, grimper, nager, patiner et skier ne perd pas son temps à essayer plusieurs activités. Au contraire, il construit un bagage moteur qui pourra lui servir toute sa vie. Et surtout, il découvre que bouger peut prendre mille formes différentes!
Et si Sainte-Brigitte-de-Laval était un immense terrain de jeu?
Nous avons la chance de vivre dans un environnement exceptionnel pour favoriser cette diversité de mouvements. Pensons simplement à ce qui nous entoure. En été, nos enfants peuvent courir, faire du vélo, explorer les sentiers, jouer au soccer, au baseball, au tennis ou au pickleball, découvrir le pumptrack ou simplement grimper et jouer dans les parcs. En hiver, notre territoire se transforme : patinoires, anneau de glace, ski de fond, raquette, randonnée hivernale et glissades deviennent autant d'occasions de découvrir de nouvelles habiletés. Et pour les expériences aquatiques ou aériennes, les activités de natation, de gymnastique ou d'escalade accessibles dans notre région permettent de compléter cette diversité. Nous n'avons pas nécessairement besoin de nouvelles infrastructures coûteuses pour commencer à changer nos habitudes. Nous avons déjà une richesse immense à portée de main : notre nature, nos installations et nos initiatives communautaires. Encore faut-il les découvrir, les utiliser et les rendre accessibles au plus grand nombre.
Bouger, ce n'est pas nécessairement être inscrit à un sport
C'est probablement le message que j'aimerais le plus transmettre aux familles. Un enfant qui grimpe sur une roche, construit une cabane dans le bois, fait une course avec ses amis ou invente un parcours d'obstacles dans la cour est en train de développer ses habiletés motrices.
Le jeu libre, particulièrement à l'extérieur, est une formidable occasion d'apprentissage. Il permet aux enfants d'explorer, de prendre des risques adaptés à leurs capacités, de résoudre des problèmes et de découvrir les possibilités de leur corps. Nous n'avons donc pas besoin de remplir l'horaire familial d'activités organisées. Nous avons surtout besoin de laisser de la place au mouvement, à la curiosité et au plaisir. Et surtout, rappelons-nous qu'un enfant n'a pas besoin d'être performant pour retirer les bienfaits de l'activité physique. Avant la performance, il y a le plaisir. Avant la spécialisation, il y a la découverte.
Une responsabilité qui appartient à toute la communauté
Pierre Lavoie rappelle que le changement durable des habitudes de vie ne repose pas uniquement sur les individus. Il passe aussi par les environnements que nous créons collectivement. Les familles, les écoles, les organismes communautaires, les professionnels de la santé et les municipalités ont tous un rôle à jouer. À Sainte-Brigitte-de-Laval, nous avons déjà de belles initiatives et des citoyens engagés qui contribuent à faire bouger notre communauté.
Pensons notamment aux activités sportives offertes aux jeunes, aux installations municipales, aux initiatives citoyennes et aux événements rassembleurs qui encouragent les familles à être actives. Mais imaginons si nous allions encore plus loin! Si chaque enfant avait l'occasion de découvrir différentes activités physiques au fil des saisons. Si nous valorisions autant le plaisir de bouger que la performance sportive. Si nous aidions davantage les familles à découvrir les possibilités offertes dans notre municipalité. Et si nous faisions de l'activité physique une véritable culture locale, accessible à tous les âges et à toutes les capacités? Car les bienfaits dépassent largement la condition physique. Bouger contribue à la santé cardiovasculaire, à la santé osseuse, au bien-être psychologique, au développement des habiletés sociales et à la prévention de nombreuses maladies chroniques. Investir dans le mouvement dès l'enfance, c'est investir dans la santé de toute une population, pour aujourd'hui et pour demain.
Bouger aujourd'hui pour être en santé demain
Notre objectif dépasse largement le développement des habiletés sportives de nos enfants. Nous souhaitons qu'ils deviennent des adolescents qui ont envie de bouger, des adultes qui trouvent naturellement une place à l'activité physique dans leur quotidien et, éventuellement, des aînés qui conservent leur autonomie et leur qualité de vie le plus longtemps possible. C'est d'ailleurs l'une des réflexions qui m'ont particulièrement interpellée dans les propos de Pierre Lavoie : le véritable succès de nos efforts en prévention ne se mesurera pas uniquement aujourd'hui, mais dans la santé des générations futures. Et cette responsabilité est collective. Imaginez une communauté où les enfants découvrent le plaisir de bouger dès leur plus jeune âge, où les adolescents continuent d'explorer différentes activités, où les parents donnent l'exemple et où les aînés demeurent actifs et engagés. Une communauté où l'activité physique ne serait pas seulement une activité inscrite à l'horaire, mais une véritable façon de vivre. Cette vision ne demande pas nécessairement de grands investissements. Elle commence aussi par de petites actions : mieux faire connaître nos installations, encourager les déplacements actifs lorsque c'est possible, multiplier les occasions de bouger ensemble et valoriser le mouvement dans notre quotidien.
Un petit défi pour nos familles
Au cours des prochaines semaines, pourquoi ne pas essayer une nouvelle façon de bouger en famille? Découvrir un sentier, aller patiner, essayer une activité aquatique, construire un parcours d'obstacles ou simplement passer davantage de temps dehors. Et pourquoi ne pas inviter les grands-parents à participer? Après tout, les bienfaits du mouvement n'ont pas d'âge! Pas besoin de chronomètre, de médaille ni de performance. Seulement du plaisir, de la découverte et du mouvement. Parce que le plus beau cadeau que nous puissions offrir à nos enfants n'est peut-être pas de les rendre excellents dans un sport. C'est de leur donner les outils, la confiance et surtout le plaisir de demeurer actifs toute leur vie. Et si, ensemble, nous faisions de Sainte-Brigitte-de-Laval une communauté où bouger fait naturellement partie de la vie, de l'enfance jusqu'au grand âge?
— Anne-Marie Violette, physiothérapeute



